Beauté, ordre et chaos : le défi de s’étendre à l’international
Je suis fondamentalement une architecte. Et comme la plupart des architectes, je suis animée par deux choses à la fois : la beauté et l’ordre. L’une sans l’autre ne suffit pas — les deux demeurent toujours ensemble, en tension. Cette combinaison a façonné ma manière de travailler : comment je pilote un projet, comment je constitue une équipe, ce que je remarque en entrant dans une pièce. C’est aussi devenu, de manière assez inattendue, le prisme à travers lequel je développe mon entreprise à l’international.
Pendant la majeure partie de ma carrière, j’ai évolué avec bonheur dans des environnements créatifs. Livrer des projets visuels ambitieux — ceux qui exigent à la fois précision et imagination — tout en structurant les processus qui les rendent possibles. Faire aboutir les projets complexes, dans les délais, conformément au cachier des charges, et avec la précision d’une montre suisse. C’est là que je me sens vraiment moi-même.
Alors, comment quelqu’un comme moi s’est-il retrouvé à œuvrer au développement des affaires?
Progressivement, puis d’un seul coup. Neorama, une entreprise que j’ai contribué à bâtir depuis ses débuts, est active depuis plus de vingt ans. Nous avons construit quelque chose de véritablement rare : une équipe qui crée des salles d’exposition immersives pour des promoteurs immobiliers au Brésil et à l’international. Un projet qui transforme la façon dont les clients se connectent émotionnellement à des espaces qui n’existent pas encore, un projet qui accroît la valeur perçue du bien immobilier et, par conséquent, accélère les ventes en préconstruction. Un projet dont nous sommes fiers. Il est peu à peu devenu évident que nous avions besoin de nous faire connaître auprès des joueurs majeurs de l’industrie immobilière mondiale. Et il fallait bien que quelqu’un prenne la parole pour raconter notre histoire.
Ce quelqu’un, c’était moi.
Ce qui a suivi a été l’une des périodes les plus exigeantes, et, soyons honnêtes, les plus déstabilisantes, de ma vie professionnelle. L’expansion internationale semble stratégique et bien orchestrée de l’extérieur. De l’intérieur, c’est tout le contraire. Chaque marché a ses propres règles non écrites. Chaque culture entretient une relation différente avec le temps, la confiance, et la manière dont les décisions se prennent réellement. Ce qui fonctionne à São Paulo ne fonctionne pas forcément à Madrid ou à Montréal. Le discours qui résonne dans une salle tombe à plat dans la suivante.
J’ai dû tout apprendre à nouveau. Je me suis questionnée à savoir si la gestion de la relation client (GRC) sert vraiment à quelque chose. À quel point une publication LinkedIn a de l’importance (débattable). À quel point une vraie conversation autour d’un café en a (beaucoup). Comment approcher les gens et bâtir une connection interpersonnelle sans être perçu comme un vendeur. Ce que signifie se vendre sans se perdre dans le processus. J’ai fait des erreurs que je n’aurais jamais faites en production — où je connaissais le manuel — et j’ai dû apprendre à vivre avec.
Ce que personne ne vous dit vraiment sur l’expansion internationale, c’est que ce n’est pas seulement un défi d’affaires. C’est un défi personnel. Cela amène à constater, encore et encore, ce que l’on devient quand la structure organisationnelle disparaît.
Voici ce à quoi je reviens, chaque fois : ma conviction dans ce que nous faisons réellement.
Les projets sur lesquels nous travaillons ne sont pas de simples livrables. Ce sont des espaces où des gens vivront, élèveront des familles, construiront des souvenirs. Quand nous aidons un promoteur à communiquer l’âme d’un immeuble qui n’existe pas encore — quand nous faisons en sorte que quelqu’un se sente chez lui quelque part avant qu’un seul mur ne soit érigé — ce n’est pas un travail de production de contenu. C’est une responsabilité. Et j’ai toujours ressenti ce poids.
Ce que j’ai compris, quelque part dans ce parcours, c’est que ce qui me semblait être ma plus grande carence pour le développement des affaires — mon obsession pour le travail bien fait, mon exigence de beauté et d’ordre, mon incapacité à me satisfaire du « suffisamment bien » — s’est avérée être ma plus grande force, de sorte que cela m’a permis de définir avec qui j’étais prête à travailler.
Je ne veux pas conclure des ententes pour des projets dont je ne serais pas fière. Je ne veux pas démarcher des entreprises qui voient leurs immeubles uniquement comme des instruments financiers. Je veux travailler avec des gens qui comprennent que ce que l’on construit (et comment on le construit) laisse une empreinte sur la vie des gens et sur les villes dans lesquelles ils vivent. C’est la conversation que je veux avoir.
Mon rôle dans tout ça, tel que je le comprends maintenant, ce n’est pas de courir après le volume. C’est de servir de relais afin de m’assurer que les bons clients potentiels découvrent ce que nous faisons, partagent la même conviction, et choisissent de construire quelque chose dont ils seront véritablement fiers de laisser derrière eux.
Ce parcours est encore bien loin d’être terminé. J’apprends encore, je m’ajuste en permanence, je suis souvent déstabilisée par tout ce que je ne sais pas. Mais j’ai arrêté de voir cela comme un problème.
La précision de la montre suisse est toujours là. Elle doit simplement coexister désormais avec une plus grande tolérance face au chaos de bâtir quelque chose de nouveau — dans des marchés que j’apprends encore à connaître, avec des gens dont je suis encore en train de gagner la confiance.
La beauté et l’ordre, après tout, arrivent rarement en même temps. Mais ça vaut la peine d’attendre.
par Aline Veiga
Associée directrice, Neorama
Architecte | Coach certifiée ICF![]()
Aline Veiga est associée directrice chez Neorama, une entreprise spécialisée dans la visualisation architecturale et les expériences immersives pour le secteur immobilier. Architecte de formation, elle cumule plus de vingt ans d’expérience en gestion de projets de CGI et dirige le développement des affaires à l’international, en Amérique du Nord, en Europe et au Moyen-Orient. Elle est également coach certifiée ICF, spécialisée en coaching d’affaires et de dirigeants.